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DEEFAIT : album s/t
Dééfait est un rituel occulte d’invocation tribale, une introspection en apnée, une exploration inversée, un trajet sinueux à travers les eaux saumâtres et filandreuses du rock psychédélique. Et lorsque s’évanouissent les dernières notes de ce disque dans une reverb’ finale, on se demande si le quintet lui-même nous y a guidés ou s’y est au contraire lui-même laissé entraîner, mené comme en transe par des forces qui le dépassent, tentant d’en garder la maîtrise, de les dompter, croyant en sa chance, en son destin, espérant qu’encore une fois, le hasard…

Aho Ssan : The Sun Turned Black
« The Sun Turned Black » ne traite pas seulement de la désintégration, comme son titre pourrait le laisser entendre, mais aussi de la transformation. Chaque fois que le bruit s’apaise, Désiré trouve inévitablement l’espace nécessaire pour faire ses découvertes les plus révélatrices, dévoilant des carillons synthétiques et des cordes aux accents de berceuse après un crescendo assourdissant sur « 100 Suns Pt. II » et laissant ASIA mener la charge à travers un espace négatif troublant sur « The Children of Noise », le morceau central et lyrique de l’album.

DEEFAIT : EP s/t
Enregistré dans le chaos du DIY et mixé comme une œuvre brute, le disque capte la décharge électrique de Dééfait dans son état le plus pur. Le son est sale, viscéral, habité. On pense à Terminal Cheesecake, à Boredoms, à Nick Cave époque Birthday Party sous acide, mais aussi à CAN empalé sur une table d’autopsie, ou à un Giallo sous stroboscope… Pourtant c’est bien une œuvre singulière qui surgit ici. Une premier EP qui sera rapidement suivi d’un album, d’ores et déjà prévu pour 2026.

Erwan Keravec : Whitewater
Whitewater veut dire eaux-vives en anglais ; et l’album d’Erwan Keravec semble en effet parcouru par l’esthétique de ce mouvement naturel de l’eau : très aéré, turbulent, mousseux, instable, libre. Keravec se réconcilie avec l’usage habituel de la cornemuse : son ˝chanter˝ (pied mélodique) et ses trois bourdons ; dépouillée, sans artifice, dans l’épure. Cette sobriété apparente ouvre sur un monde sonore foisonnant, parcouru de turbulences, de remous, comme autant de micro-événements acoustiques.

Michel Cloup : Catharsis en pièces détachées
Il y a un ordinateur au cœur de ce monstre d’album, il a avalé joie, allégresse, tristesse, colère, résignation, moqueries, cartographie non exhaustive d’états à la frontière du désespoir, il a aussi gobé les rires autant que les cris. Il aspire goulûment des gigas de sons divers et variés, musiques vivantes organiques ou synthétiques ainsi que les crissements des trains qui déraillent.

Arnaud Fournier : 100% Black Puzzle
Avec 100% Black Puzzle, Arnaud Fournier assume pleinement la signature de son propre nom. Ni pseudonyme ni masque, mais une mise à nu : un disque profondément intime, nourri de famille et d’amitiés, où le bruit et la beauté ne cessent de s’attirer et de se repousser. Il livre une œuvre à la fois rétrospective et tournée vers l’avenir, un puzzle noir qui résonne comme une renaissance.

Zëro : Never Ending Rodeo
Noir profond, lueurs fantomatiques : la pochette de Never Ending Rodeo donne le ton. Zëro signe un retour brûlant avec un album dense, embrumé, entre post-rock, noise et psyché. Six ans après Ain’t That Mayhem, le groupe lyonnais (Éric Aldéa, Franck Laurino, Ivan Chiossone, Varou Jan) affine son son grâce au mix de Niko Matagrin. Chaque morceau devient séquence, tension, geste.

Melaine Dalibert & David Sylvian : Vermilion Hours
Des notes égrenées semblent dilater le temps, leur répétition et leurs multiples combinaisons évoquant (invoquant ?) les innombrables irisations de la lumière qui accompagnent l’aube, ce rituel aussi inéluctable qu’imprévisible. Avec sa Musique pour le lever du jour, composée sur une période de deux années et achevée en 2017, Melaine Dalibert disait à l’époque avoir voulu créer « une pièce infinie », sans début ni fin.

CoH & Midori Hirano : Sudden Fruit
Comme un fruit mûri dans l’ombre, « Sudden Fruit » incarne une alchimie entre deux artistes : la pianiste et compositrice japonaise Midori Hirano, et l’architecte sonore Ivan Pavlov, alias CoH. De cette rencontre naît une oeuvre suspendue entre l’acoustique et le numérique, qui capte l’instant fragile où le naturel et l’artifice se fondent, comme si le temps lui-même hésitait entre éclosion et évanescence.